Mon défi : écrire un livre puissant avant la fin de l’année

Je viens de me lancer comme défi d’écrire un texte puissant avant la fin de l’année 2016.

(Pour la définition d’un texte puissant, voir l’article précédent) :

Quelle est la différence entre un texte puissant et un texte inoubliable?

Ce sera mon huitième texte, de taille conséquente et de fiction (que nous appellerons roman pour simplifier). Dans les sept premiers, écrits en l’espace de dix ans, je considère que je n’ai écrit qu’un seul texte puissant. Ce qui est insuffisant, et déjà pas si évident…

Surtout, ce texte puissant, Le gardien du dernier poison, a donné lieu à un livre écrit en 2009. Autant dire une éternité, même si j’ai depuis écrit quatre romans.

La promotion du Gardien m’aura permis de faire mes premières séances de dédicace, depuis des petites librairies provinciales jusqu’à des salons importants comme le Salon du livre de Paris, la Foire de Bruxelles, la librairie Dialogue de Brest. J’aurai ainsi et surtout pu rencontrer et échanger avec des centaines de lecteurs.

Grâce à mon passage à la librairie Dialogue, j’ai aussi donné un entretien qui est depuis sur You Tube et Daily Motion.

Alors, avec ce défi d’écrire un livre puissant avant la fin de l’année, j’espère rétablir ma trajectoire d’écriture et retrouver cette joie de rencontrer les lecteurs.

J’espère par la même occasion pouvoir ainsi inspirer d’autres personnes qui écrivent.

Mon challenge est ambitieux car écrire un texte puissant ne se décrète pas. Si j’ai appris qu’il y a des règles, des principes, il n’y a pas de recette qui garantisse la qualité d’un texte, et encore moins son succès. Bref l’écriture n’est pas reproductible et il reste toujours un mystère dans la création, une zone d’ombre en soi-même et en cette extension que constitue l’écriture.
Par ailleurs, le défi sera d’autant plus difficile que je suis particulièrement occupé, entre mon exercice de la pharmacie et d’autres activités.

Bien entendu, j’essaierai de dégager assez de temps et je tenterai de me mettre en condition physique et mentale pour réussir à écrire un texte puissant.

Enfin, je ne manquerai pas de vous tenir au courant régulièrement de l’avancée de ce défi qui devrait se révéler tumultueux.

Crédit photographique : lecreusois sur Pixabay Fabien

Crédit photographique : Lecreusois Fabien (Pixabay)

 

Quelle est la différence entre un texte puissant et un texte inoubliable?

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(crédit photographique : Petra  Österreich https://pixabay.com/fr/users/Pezibear-526143/)

Voilà une question fondamentale. Car y répondre donne justement des clés pour écrire des textes puissants, et qui sait, peut-être un jour inoubliables.

Alors qu’est-ce qui rend un texte inoubliable?

Il y a selon moi plusieurs éléments et il est très difficile d’être exhaustif. Je vais donc donner déjà ma définition d’un texte puissant, pour la littérature de fiction notamment, même si bien évidemment elle ne sera pas la même pour un autre écrivain ou un critique, même si elle peut, aussi, être discutée pour d’autres genres : essai, biographie, mémoires, témoignage, etc.

Un texte puissant est un texte qui donne une impression durable, bien après la lecture, une impression parfois lancinante. Un texte unique que nul autre que son auteur (une fois identifié) n’aurait pu écrire, donc non reproductible de ce point de vue, bien que falsifiable. Je reviendrai là-dessus.

Un texte inoubliable est un texte qui résiste durablement à l’analyse, qui résiste à la critique, à une seule et unique interprétation. Un texte que l’on se doit même de relire dans une vie, et qui malgré cette nouvelle tentative, se dérobera encore en tant qu’il offrira, à chaque lecture, une nouvelle richesse, des perspectives insoupçonnées.

Mais un texte puissant, aussi puissant soit-il, devra se confronter à l’épreuve du temps, pour savoir s’il est durable dans un temps plus long, s’il dépasse les contingences de son époque.

Je vais prendre un exemple : il y a quelques mois, un auteur que je venais de rencontrer avait lu et relu mon premier livre publié Le gardien du dernier poison. De ses propres mots, il avait trouvé le texte « puissant ». Je lui avais demandé ce qu’il entendait par là, car il était allé jusqu’à comparer le niveau de mon texte à ceux de Camus et Kafka, ce qui m’avait surpris. Mais il n’avait pas su me répondre avec précision.
Depuis, je me suis souvenu qu’il avait relu le livre plusieurs fois (il est assez court et dense) et qu’il en avait à chaque fois retiré, découvert quelque chose de nouveau. D’autres lecteurs m’avaient déjà fait la même remarque, une lectrice m’avait dit par exemple :

« Ah! je l’ai relu et je ne l’avais pas vu comme ça la première fois. »

 

Il n’est donc pas impossible que selon le critère principal retenu (texte offrant une relecture différente) le gardien soit un texte puissant.

Mais dépassera-t-il les contingences de notre époque? Le livre aborde la question de la fin de l’existence. C’est l’histoire d’un pharmacien qui, condamné par la maladie, va peut-être devenir, pour l’un de ses patients, le gardien du dernier poison, celui qui donne la mort. Le livre questionne d’un point de vue philosophique, sans prendre parti (que ce soit pour le suicide, l’euthanasie ou les soins palliatifs) et surtout sans achever le questionnement.
Difficile donc de répondre à cette question de l’évolution du texte et de son accueil futur; « wait and see » comme disent nos amis anglophones, même il est possible de prendre les paris, d’anticiper :

Pour le devenir en texte inoubliable :
– le thème est universel, la fin de vie pour l’instant concerne chaque individu, quelque soit son époque. Je dis pour l’instant, car un jour l’homme sera peut-être immortel!
– les questionnements subsistent, et subsisteront sans doute encore longtemps : interrogations morales et métaphysique (sur la fin de l’existence, la possibilité et la réalité d’un au-delà)

Contre:
Le gardien est encore méconnu du grand public et il le restera peut-être;
– la question de la fin de la vie pourrait un jour se résoudre définitivement (même si j’en doute pour des raisons morales et existentielles);
– les qualités d’écriture rendront le texte caduque et imbuvable à l’avenir;
– au regard des mutations actuelles, le texte peut disparaître pour des raisons matérielles, technologiques par exemple, indépendantes de ses qualités; de même l’homme sera amené à évoluer, il faudrait alors reposer la question : « Qu’est-ce que l’homme? » et  » Qu’est-ce que lire en 4016?!!! », etc. mais cela nous emmènerait un peu trop loin dans la spéculation.

Voici d’autres exemples qui me viennent à l’esprit:
– les deux grands poèmes d’Homère offrent une richesse, qui ne s’est jamais démentie depuis plus deux millénaires
– plus récemment, les romans de Kafka, en particulier « le procès » et surtout « le château », qui ont dépassé (pour certains critiques anticipés!) les événements historiques du siècle dernier, postérieurs à leur écriture;
Don Quichotte, livre 1, qui fut falsifié (il y eut une suite d’au moins un autre auteur que Cervantès avant que ne soit publié le second livre) sans qu’il ne soit reproductible dans sa nouveauté, nouveauté qui continue à être commentée.

En résumé, le texte puissant doit donc subir le feu du temps pour savoir s’il va devenir inoubliable, c’est-à-dire rester vivant dans les mémoires, les imaginations et les discussions ultérieures.

Et vous? Quels sont les textes inoubliables que vous avez lus et relirez? Qu’est-ce qui rend un texte inoubliable selon vous?

Vous pouvez déposer un commentaire.

Le coup de fil de Maurice G. Dantec

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Hier soir, j’ai appris la mort de l’écrivain français Maurice G. Dantec, avec stupéfaction, tant il était déjà pour moi immortel.

Pour l’anecdote, un jour je tombe sur l’une de ses nouvelles : « Dieu porte-t-il des lunettes noires? ». J’étais alors un tout jeune scénariste, et je cherchais une histoire à adapter pour un court-métrage. Et sa nouvelle avait un potentiel visuel et philosophique important!
J’écris alors très vite, en m’inspirant de cette histoire puissante, un scénario, puis une deuxième version que je baptise « Au berceau du mal », titre voisin de son roman « Aux racines du mal ».
Pour des raisons de droit et par courtoisie, j’envoie, via son éditeur, une lettre à Dantec lui indiquant que je souhaite faire un court à partir de sa nouvelle, et je lui joins le scénario. Je sais alors pourtant que l’écrivain est difficile à contacter, surtout depuis son transfert vers le Nouveau-Monde, à Montréal.

Quelques mois plus tard, au volant de ma voiture, je reçois un coup de fil. Je décroche, et j’entends une voix grave et tranquille qui me dit:
– Bonjour c’est Maurice Dantec.
Gros silence!
Je parviens tant bien que mal à garer la voiture sur le bas-côté. Je l’entends:
– Ce n’était pas ce que je voulais dire…
– Merci de m’appeler, fais-je en le coupant, sous le coup de l’émotion.
– Non, non, poursuit-il, modeste et gêné. J’avais en fait voulu montré que…
Et il part dans des considérations historiques et philosophiques très complexes, comme dans son essai « Théâtre des opérations, laboratoire de catastrophe générale », qui je l’avoue m’échappent au début sous le coup de la surprise. J’entends pourtant sa voix dérouler son propos.
Et je ne dis rien, si ce n’est que je le remercie encore une fois de m’avoir appelé. Je le gêne c’est certain mais, déterminé, il continue, développe comme s’il parlait à l’un de ses confrères, à quelqu’un d’assez fin pour comprendre sa pensée et – chose extraordinaire – comme s’il cherchait à se justifier, à défendre son point de vue.
Bien sûr, le scénario que j’ai écrit diffère beaucoup de la nouvelle, il reflète mes questionnements philosophiques, mon rapport à l’histoire, bref ma conception du monde, mais il s’abreuve tout de même dans cette source que constitue la prose de Dantec.
Je l’écoute en silence, religieusement. Je comprends alors ce qu’il avait voulu écrire, et qu’il a réussi à écrire (j’en ai eu par la suite confirmation en le relisant). Simplement ma lecture aura été différente.
C’est alors que Dantec conclut par un magistral : « Mais je ne vous empêcherai pas de faire votre film ». Puis il raccroche tranquillement, avant que je ne puisse le remercier encore une fois.

À partir de ce jour-là, j’ai plus ou moins compris, sans le formuler en ces termes, que j’étais moi-aussi un auteur et que j’avais des choses à apporter au monde.
Merci Maurice!

Et vous, qu’avez-vous à donner au monde?

Qui suis-je?

Je m’appelle Frédéric Bernicot, et je suis écrivain.

L’écriture est une véritable vocation pour moi. Il s’agit de l’art qui me permet le mieux de rendre compte du monde tel que je le reçois.

A travers mon parcours sinueux, semé de réussites, de surprises et d’échecs, j’ai eu l’envie de partager mon textes et mon expérience, depuis la rédaction de scénarios il y a très très longtemps, jusqu’à l’aventure de ce blog, en passant par le cœur que constitue l’écriture littéraire de fictions.

Parmi l’ensemble de mes tentatives, j’ai, de l’avis de plusieurs lecteurs confirmés, écrit avec Le gardien du dernier poison un livre puissant. Je vous expliquerai ce que sont, d’après moi, un texte puissant et un texte inoubliable.

Je vous ferai partager d’autres textes que je déposerai de temps en temps, comme à la bonne époque du feuilleton littéraire.

Par ce partage, ma motivation : comprendre et vivre l’accouchement de textes qui seraient (je l’espère) puissants, et qui sait, peut-être un jour inoubliables !

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Ecrire tous les jours?

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Crédit photographique : Jacqueline Macou

Souvent, lorsque je suis en séance de dédicace ou autre, on me demande : quand on veut devenir écrivain, ou écrire juste un livre, faut-il écrire tous les jours?

Et bien, c’est une question assez complexe, qui dépend de l’écrivant, en particulier de son niveau d’écriture et du niveau d’avancement de ses projets.

S’il n’y a pas de réponse simple et rapide à cette question, il est possible de faire quelques constats:

1- Quand on commence, il est conseillé d’écrire, d’écrire, et encore d’écrire – sans nécessairement publier bien entendu. Pourquoi? Pour se libérer et pour s’entraîner. Se libérer de tout ce qui a pu être vu, entendu, lu, bref enregistré et qui participera à la re-création. Pour s’entraîner, car c’est ainsi que l’on progresse, que l’on se forge une syntaxe, que l’on utilise des champs lexicaux, que l’on développe une histoire, avec des personnages, des situations, bref que l’on peut se tester…

2- Écrire tous les jours permet d’instituer une routine, et notre cerveau a besoin de cette routine, qui sera liée à un rituel. Par exemple, j’écris souvent le matin, quand j’ai l’esprit clair; je prépare mon petit-déjeuner, mon café, je tourne un peu dans mon bureau, je déambule çà et là et puis, quand je sens que je vais accoucher, je me mets à écrire : je prends mon roller, le même depuis quelques années, et j’écris sur tel ou tel type de papier, etc. Et une grande partie de ce que j’écris vient en écrivant : personnages, situations, et mots bien entendu. C’est magique! Même si cela s’explique, car, ensuite, le cerveau travaille même quand on n’écrit pas : même la nuit (surtout la nuit pour certains écrivains), le cerveau cherchera à écrire la suite, de même qu’un lecteur anticipe sur une lecture. Alors, libérer quelques mots seulement par jour permet de libérer et muscler cette énergie créative.

3- Un conseil qui m’a permis d’écrire deux textes en 200 jours d’affilée : la contrainte ne doit pas venir de l’extérieur. A la rigueur, oublier mes conseils, et dans un mois, deux mois, un an, allez-y : lancez-vous! Créer vos contraintes internes, sculptez votre discipline, devenez pleinement l’acteur de votre écriture, ne subissez plus! et arrêtez de faire comme tout le monde, de singer : créez-vous!

4- S’imposer d’écrire tous les jours permet de sortir de plusieurs situations d’échec comme le syndrome de la page blanche, l’échec du texte précédent. Alors, vous me direz avec le syndrome de la page blanche : mais Frédéric, si vous l’avez, vous ne pouvez pas écrire tous les jours! C’est vrai, je vous l’accorde, voilà pourquoi je vous conseille au pire, dans ce cas, d’écrire n’importe quoi, de vous mettre en mode automatique, de vous libérer de l’enjeu, de faire quelques petits jeux littéraires avec ou sans contrainte forte, et c’est parfois bien plus intéressant que d’écrire quelque chose qui vous tient à cœur. Vous aurez bien le temps ensuite d’écrire ce qui vous intéresse vraiment, quand vous aurez regagné de la confiance et de la pratique. Bien sûr, encore une fois, cela dépend du niveau et de la situation de l’écrivant, d’où l’intérêt d’un accompagnement personnalisé, des ateliers d’écriture et autres mises en situation.

5- Il y a une vraie prime à la régularité, en terme de qualité sur le moyen terme; le plus difficile est souvent de commencer. Alors, il ne faut pas hésiter à se lancer, il sera bien temps ensuite d’évaluer la qualité du texte produit, de déterminer s’il est publiable ou s’il vaut mieux taire ce galop d’essai au monde.

6- Je parlais de re-création, eh bien la re-création rejoint et s’accompagne de récréation, c’est un vrai plaisir de créer et au bout d’un moment, de savoir que quoi qu’il arrive, l’on va créer.

La joie est immense. Et c’est bon signe car :

« partout où il y a de la joie, il y a création »

(Bergson : l’Énergie spirituelle).

 

Ce qui revient à s’installer dans un cercle vertueux.

Il y a d’autres constats, mais vous les trouverez par vous-même, je ne vais quand même pas vous mâcher tous le travail! Et, puis, surtout, rien ne remplacera votre propre expérience. La clé, c’est vous-même! La serrure aussi. La porte aussi!

Enfin, comme je l’indiquais, il y a des situations où il n’est pas opportun d’écrire tous les jours, notamment quand vous avez atteint un niveau avancé d’écriture, que vous souhaitez ménager votre monture.

Je préciserai ce dernier point en vous parlant notamment de mon expérience des deux-cents jours qui m’aura permis d’écrire Carnet de Court-circuit que je publierai prochainement en ce lieu.

Et vous, cher lecteur, écrivez-vous? Tous les jours? Quelles difficultés rencontrez-vous? Vous pouvez commenter.

Vous pouvez aussi partager à une personne de votre connaissance qui commence à écrire.

Benoîte Groult : la liberté jusqu’au bout!

Lien

Benoîte Groult s’en est allée.

Je retiens : «On a le droit de faire toutes les conneries que l’on veut toute sa vie. Se marier, se tromper, divorcer et même de se suicider. Mais au moment de mourir, terminé la liberté. On devient le jouet de forces adverses dont on n’a rien à faire, la morale, le pape, ou des médecins qui ne veulent pas entraver leur carrière.»
Ou encore : «Le refus de la naissance choisie et de la mort choisie, c’est la même idéologie contre la liberté.»

Kenavo et bon vent Benoîte!

 

L’entretien qui m’a inspiré cet article et me donne l’envie de plonger dans l’oeuvre de « l’écrivaine » : http://www.liberation.fr/france/2006/03/23/benoite-groult-delit-de-vieillesse_34001